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Texte de Christiane

Lu à la présentation d’Élisabeth Vonarburg

au Gala de l’Ordre du Bleuet, le 11 juin 2016


Née à la vie le 5 août 1947, née à la poésie en 1960 et à la science-fiction en 1964, précise Élisabeth Vonarburg dans la version courte de sa biographie. Née à nos hivers en 1973 peut-on ajouter, tellement cette Parisienne de naissance insiste sur son appartenance à sa ville d’adoption. Énumérant les lieux de sa vie, elle répond : « En France, Blanc-Mesnil près de Paris, Sergines dans l’Yonne, Dijon en Bourgogne, Le Thor près d’Avignon. Au Québec, Chicoutimi, encore Chicoutimi, rien que Chicoutimi. »

« Je suis une sang mêlé. Je suis métisse de tous les côtés. En partie française, cambodgienne, italienne et saguenéenne, confie-t-elle à Anne-Marie Gravel dans le Progrès Dimanche de février 2007. Toujours en déplacement, d'une culture à une autre. Je suis du Québec et de la France et de ni l'un ni l'autre en même temps. Mais je me sens plus Québécoise que Française. »

Bien que bardée de nombreux prix littéraires soulignant la qualité d’une œuvre magistrale, sujet de nombreux articles de journaux, magazines et d’études de ses ouvrages, le tout résumé dans un curriculum vitae impressionnant, il ne faut pas croire connaître cette écrivaine pour autant. Elle est un torrent chargé d’eau vive dont la source origine de l’infini des temps passés.

Tout ce qu’elle est s’additionne de tout ce qu’elle découvre, explore et vit.


Fille de Jeanne Morché, pharmacienne éprise des arts, animant les soirées de lectures des grands classiques ou de musique, et de René Ferron-Wherlin, colonel de Génie, mélomane féru de Wagner et des mathématiques, jouant du piano quand il pouvait, Élisabeth largue ses blocs de lettres à trois ans pour mieux plonger dans les vrais livres. Depuis son premier poème à 7 ans, elle a signé une soixantaine de nouvelles, une trentaine de livres, dont le cycle de Tyranaël en cinq tomes comme la série Reine de mémoire. Et cela, sans compter plusieurs dizaines de traductions de l’anglais au français pour des auteurs de science-fiction et de fantastique comme Tanith Lee, Guy Gavriel Kay, Sean Stewart ou Jude Fisher.


Conséquence inévitable aux influences de son parcours. À 16 ans, l’ardente Élisabeth succombait à la fascination du livre de Louis Pauwells et Jacques Bernier, Le matin des magiciens. Une rencontre déterminante qui s’ajoute à ses autres influences, ses parents qui malgré elle sous-tendent son œuvre, les professeurs qui ont su éveiller sa soif d’explorer, les écrivains, philosophes et scientifiques. « Montaigne, Pascal, Camus… les surréalistes… Ursula Le Guin pour la science-fiction… Einstein, Feynman…Escher », énumère-t-elle.


L’écriture est à Élisabeth Vonarburg ce qu’est l’oxygène aux vivants. Ce n’est pas une raison de vivre, c’est la condition essentielle à sa vie. Ce souffle créateur est si puissant qu’il s’approprie tous les honneurs. On ne s’étonne pas de voir un de ses livres couronné par un prix. On s’interroge quand il ne l’est pas. En 1978, elle gagne le Prix Dagon pour sa nouvelle L’œil de la nuit, puis, trois ans plus tard, le prix littéraire du Centre régional de service aux bibliothèques publiques du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour un recueil du même titre. En 1982, elle devient la première femme, auteure de science-fiction à gagner le Grand Prix de la Science-fiction française (Grand Prix de l’Imaginaire depuis 1992) pour Le silence de la cité. Œuvre également honorée par le Prix Rosny aîné et le Prix Boréal. Pas moins de 35 prix littéraire témoignent de l’excellence de ses écrits de 1978 à 2015, alors que le Prix Aurora-Boréal 2015 n’attendait que son dernier roman, Hôtel Olympia, publié en 2014.


Tout aurait pu être différent quand on découvre que c’est la chanson qui préoccupe d’abord l’adolescente. Elle apprend ses premiers accords sur une guitare qu’elle a elle-même bricolée alliant bois, carton, élastique, avant de composer ses propres chansons sur un instrument plus approprié. Elle chante pour les copains dans les cafés et restaurants de France et, jeune immigrante, dans les couloirs du métro de Montréal, avant d’arriver à Chicoutimi en 1973, où son époux Jean-Joël Vonarburg a été transféré comme militaire. Doit-on s’étonner? En 1978, elle participe à un concours de chant à Chicoutimi et gagne le premier prix d’auteur-interprète. Concours, radio, boîte à chansons, chaque jour est une occasion de sortir sa guitare, avouant : « Je ne pouvais pas imaginer ne pas chanter. » Elle crée le Fokklub à l’Université du Québec à Chicoutimi avec Anne-Claude Drolet, contralto, Mary Hagemarn, soprano, Jenny St-Pierre Mezzo-soprano, Bernda Monahan, trompettiste et Denis Bouchard, guitariste. Plus tard, elle écrit le livret d'un opéra composé par le réputé musicien de la région, Jean-Pierre Bouchard, à partir d'une de ses sagas : Tyranaël.


Si le succès de ses écrits a suscité l’attention bien au-delà de nos frontières, on doit aussi au dynamisme de ses engagements d’avoir permis au Saguenay–Lac-Saint-Jean de se situer en bonne place sur la carte littéraire internationale de la science-fiction et du fantastique. En 1979, elle organise le tout premier congrès québécois de la science-fiction à Chicoutimi et récidive à plusieurs reprises, attirant des auteurs du monde entier tant aux congrès qu’aux colloques qu’elle multiplie avec bonheur. Son sens du partage va encore bien au-delà. Membre fondateur et présidente pendant plusieurs années de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie, rédactrice de la majorité des articles du bulletin de l’APÈS, le Lézart, elle tient une chronique régulière dans le magazine Les libraires. Rédactrice en chef de la revue Solaris, elle y assume la direction littéraire.


Qualifiée de reine de la science-fiction, de grande dame du « Fantasy », d’incontournable écrivaine, de prolifique auteure, impossible de résumer un être d’une telle ampleur. Diplômée de l’Université de Dijon, sa thèse de maîtrise, sur l'évolution de thèmes littéraires classiques en science-fiction et en fantastique, fut l'une des premières sur le sujet en France. Agrégée en lettres modernes en 1972, elle complète un doctorat en Création littéraire à l’Université Laval en 1987. Chargée de cours à l’UQAC, elle enseigne aussi aux universités de Rimouski et de Laval. Femme pour qui l’amitié, l’écriture, la musique, la justice, la générosité importent, sans oublier les chats et la bonne chère, elle se veut citoyenne du monde responsable, féministe engagée dont témoigne ses écrits reconnus en 1998 par le Prix Femme et Littérature du Conseil québécois du statut de la femme.


L’ensemble de l’œuvre d’Élisabeth Vonarburg a été plusieurs fois primé. Prix Cyrano en France, Prix Hommage Visionnaire au Québec et Prix d'excellence à la Création artistique en région du Conseil des arts et lettres du Québec. Ce soir, c’est un honneur de l’accueillir au sein de l’Ordre du Bleuet.


Le 11 juin 2016


ÉLISABETH VONARBURG


Pour la qualité exceptionnelle de ses écrits

Et sa contribution à la vie littéraire du Saguenay–Lac-Saint-Jean

fut reçue membre de l’Ordre du Bleuet

dimanche 24 juillet 2016

        

POURQUOI L'ORDRE DU BLEUET

L'intensité et la qualité de la vie culturelle et artistique au Saguenay-Lac-Saint-Jean est reconnue bien au-delà de nos frontières. Nos artistes, par leur talent, sont devenus les ambassadeurs d'une terre féconde où cohabitent avec succès toutes les disciplines artistiques. Cet extraordinaire héritage nous le devons à de nombreuses personnes qui ont contribué à l'éclosion, à la formation et au rayonnement de nos artistes et créateurs. La Société de l'Ordre du Bleuet a été fondée pour leurs rendre hommage.La grandeur d'une société se mesure par la diversité et la qualité de ses institutions culturelles. Mais et surtout par sa volonté à reconnaître l'excellence du parcours de ceux et celles qui en sont issus.